La Tunisie positive !

    Il est vrai qu’en tant qu’acteurs de la société civile, spécialisés et intéressés par les questions économiques et financières, nous étions depuis 2011 très critiques envers l’évolution de la situation économique et financière de la Tunisie.

    Personnellement, j’ai multiplié les interventions médiatiques pour alerter l’opinion et les pouvoirs publics et inciter surtout les décideurs du pays à redresser la barre, à accélérer les réformes et à relancer l’économie nationale, principal gage de réussite de la construction démocratique du pays.

    Certes, les critiques ont été souvent sévères à l’égard notamment des gouvernants mais en même temps nous avons constaté et relevé  des lenteurs dans la prise de décisions et dans les réformes programmées. Il est bien évident que l’instabilité politique et les problèmes sécuritaires ainsi que le climat social délétère et les tractations politiques ont handicapé les différents gouvernements depuis 2011, mais en même temps il y avait toujours de la marge de manœuvre et des décisions à prendre ou au contraire à éviter.

    Aujourd’hui encore, la situation est assez grave et préoccupante : une croissance molle qui ne dépassera pas les 2% en 2017 (dans l’attente des indicateurs actualisés de l’INS), un cumul de déficits qui se poursuit avec des creusements notamment au niveau du déficit commercial (un peu plus de 15 milliards de dinars en 2017 !), une dépréciation alarmante du dinar (une perte de valeur de plus de 60% depuis 2011 !), des réserves en devises qui fondent comme neige (84 jours au 6 février 2018!), des injections de liquidités records (12,652 milliards de dinars !)  et surtout des réformes qui tardent à prendre la bonne vitesse de croisière.

    Le pire est qu’on ne voit pas le bout du tunnel ! Il n’y a pas non plus un plan de sauvetage qui est actionné ni une feuille de route définie et suivie ni même un plan d’action mis en œuvre !  On navigue à vue et on essaie de colmater les brèches par un endettement de plus en plus coûteux et ruineux !

    Mais le plus inquiétant dans ce pays reste l’inconscience et l’insouciance de certaines parties prenantes ! Quand on constate que la production de phosphates est à l’arrêt suite à un mouvement de protestation de quelques citoyens non admis au dernier concours de recrutement, on se pose la question sur les vraies intentions derrière ces sabotages et ces réactions disproportionnées et très graves pour le pays en termes de répercussions négatives !

    Aujourd’hui, il est inconcevable d’admettre des arrêts à répétition et des baisses redondantes de la production des ressources naturelles et des richesses du pays, alors que les besoins sont importants et les pertes subies auparavant ont impacté négativement les équilibres financiers et les agrégats macroéconomiques. Il est inconcevable également que l’Etat reste faible devant ces agissements et ne sévit pas comme il se doit dans le cadre du respect de la loi et des règles démocratiques. La démocratie n’a jamais été synonyme d’anarchie ni  de faiblesse de l’Etat !

    Autre point préoccupant : l’état désastreux des entreprises publiques tunisiennes ! Des pertes cumulées qui se chiffrent par milliers de millions de dinars, des modèles économiques complètement obsolètes, des états financiers en retard de deux et  trois ans, une gouvernance défaillante et une présence injustifiée de l’Etat dans certaines activités économiques qui devraient être rapidement privatisées ! La RNTA, la BH, la SNDP, la STAM et la STAR en l’occurrence doivent être privatisées dans le cadre d’un processus transparent et efficient. Ce n’est pas un choix ni une fatalité, c’est vraiment une nécessité et du bon sens !

    Mais dans tout ce marasme économique et financier, il est important de positiver ! Nous n’avons pas le choix ! A quoi sert de continuer à se lamenter et à constater indéfiniment les dégâts ?! A quoi sert de continuer à tirer la sonnette d’alarme sans agir ni proposer des solutions et des alternatives ! Il ne s’agit pas uniquement de proposer, il s’agit de les faire adopter ! « La Tunisie positive », un slogan lancé par l’éminent économiste français Jacques Attali lors d’une conférence organisée le 29 janvier 2018 à Tunis, m’a beaucoup interpellé dans ce contexte!  J’ai décidé de le porter aujourd’hui et d’agir dans ce cadre pour l’intérêt de ce pays.

    La Tunisie positive  nous pousse à continuer à être critiques et tirer la sonnette d’alarme, tout en agissant et en menant des actions, des initiatives, en portant des orientations, des plans d’action…

    La Tunisie positive est une Tunisie qui avance grâce à l’engagement de ses citoyens, à l’activisme de sa société civile et au leadership de son élite qui ne doit en aucun cas désespérer ni abandonner le pays ! Nous continuerons à établir nos diagnostics tout en proposant des plans de sortie de crise (même si le problème à la base est plutôt politique)  et encore mieux à les porter, à les expliciter, à les vulgariser et à pousser les gouvernants à les adopter, du moins les principales solutions qui font le minimum de consensus et dont la pertinence et la portée sont bien prouvées!

    La Tunisie positive, c’est la Tunisie d’aujourd’hui et de demain, il faut y croire, adhérer et surtout AGIR !

    Par Moez JOUDI, Président de l’ATG

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