Tunis Place Financière : Comment réussir cette structure ?

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Tunis Place Financière : Comment réussir cette structure ?

TPM

A l’instar des grandes places européennes, asiatiques et même africaines, la place de Tunis aura bientôt sa propre structure, en l’occurrence Tunis Place Financière ou Tunis Finance City. Sa création, qui  constitue un événement majeur dans l’histoire du marché financier tunisien, a été annoncée officiellement jeudi 6 avril 2017 par la direction générale de la Bourse de Tunis. Alors, quels sont les enjeux financiers, économiques et politiques de Tunis Place Financière et comment réussir cette structure ?

Pour trouver les bonnes réponses à ces questions et pour essayer de faire comprendre aux parties prenantes du marché financier tunisien les mécanismes, la vision et les objectifs de cette structure, la Bourse de Tunis a organisé une conférence internationale animée par d’éminents intervenants spécialistes en la matière.

Il s’agit de Pierre REBOUL, Associé Eurogroup Consulting UK, El Mehdi GHISSASSI, Manager Eurogroup Consulting Maroc, Alain PITHON, Secrétaire Général Paris Europlace, Joseph FLORENTIN, Associé Eurogroup Consulting Tunisie.

Après avoir présenté l’évolution des places financières matures dont la capitalisation boursière dépasse les 1.000 milliards d’euros, M. GHISSASSI a analysé la situation et les enjeux de la place financière marocaine, première Place d’Afrique en termes de compétitivité (Global Financial Centers Index) et deuxième bourse d’Afrique en capitalisation, derrière celle de Johannesburg.

Enjeux pour Tunis Place Financière

Selon M. FLORENTIN, Associé Eurogroup Consulting Tunisie, le marché financier tunisien est un marché croissant malgré un contexte macroéconomique national défavorable marqué particulièrement par un déficit budgétaire de 5,7%, une déficit public de 60% et un taux de chômage de plus de 15% en 2016.

Cependant, la capitalisation globale de la Bourse de Tunis est passée de 17,8 milliards de dinars en 2015 à 19,3 milliards en 2016 tandis que l’indice Tunindex a pris 9% sur la même période. Les revenus 2016 des sociétés cotées ont, quant à eux, augmenté de 8,8%. « Une Bourse représentant les forces vives du pays », souligne M. FLORENTIN.

Et d’ajouter que la place de Tunis est un marché qui se professionnalise davantage avec notamment les deux mécanismes adoptés suivants :

– Le Kit d’accès Investia PME, un programme comportant un ensemble de mesures au profit des PMEs ayant des difficultés à lever des fonds sur le marché financier. Cet outil permettra ainsi d’aider les PMEs à recourir à la bourse pour se financer, d’avoir une représentativité de plusieurs domaines sur la cote de la bourse (télécom, tourisme, agriculture, mines et énergie), et de pérenniser l’entreprise par la recherche d’autres actionnaires et pour assurer une succession des générations.

– La Bourse de Tunis a obtenu la certification relative au système de management de la sécurité de l’information (SMSI), délivrée par l’Agence Française AFNOR spécialisée dans les certifications ISO.

Cette certification permettra à la Bourse de Tunis de mettre en place toutes les mesures de sécurité nécessaires au bon déroulement des activités de pilotage du marché, de préserver la confidentialité, la fiabilité et la disponibilité de l’information, d’appliquer un processus de gestion des risques, et aussi de renforcer davantage la confiance des acteurs ainsi que des investisseurs nationaux et internationaux dans les services offerts.

Cependant, explique M. FLORENTIN, le marché financier tunisien s’ouvre timidement à l’international puisque seulement 24,5% de la capitalisation boursière est détenue par les étrangers.

Il a fait savoir que la nouvelle loi sur l’investissement, qui vise d’attirer davantage les investisseurs étrangers et libérer un certain nombre de secteurs qui seront épargnés des autorisations préalables, des cahiers des charges et d’autres limitations, envisage de doubler la participation étrangère dans la capitalisation de la Bourse de Tunis à 50%.

S’agissant de la collaboration entre les places financières tunisienne et marocaine, M. FLORENTIN estime qu’elle est limitée puisque la double cotation de la société Ennakl Automobiles sur les deux places n’est qu’une logique boursière mercantile. Toutefois, a-t-il indiqué, l’opération a permis de poser la première pierre d’une éventuelle prochaine coopération de la Bourse de Tunis avec celle de Casablanca.

Un marché qui reste loin des enjeux macroéconomiques

M. FLORENTIN a démontré qu’en Tunisie, les secteurs des banques, des biens de consommation et des services aux consommateurs constituent la plus importante part de capitalisation (89%). Alors qu’au Maroc, les secteurs des banques, des Télécommunications et du Bâtiment et Matériaux de Construction constituent la plus importante part de capitalisation (71%).

On constate ainsi une prédominance du secteur financier (26 entreprises dont 13 banques) avec une part de 51,46% et une valeur de 9,175 milliards de dinars. La valeur boursière de la première capitalisation boursière (SFBT) est de 388,7 MD représentant 13,40% de la capitalisation globale du marché, tandis que la part des Télécommunications est quasi-nulle et la part des Industries est très faible (6,25%).

Comment la Bourse de Tunis doit se mettre à niveau ?

Dans l’objectif de doubler la capitalisation boursière de 20% à 45%, M. FLORENTIN préconise d’ajuster la répartition sectorielle (augmenter la part des Télécommunications, des industries et des matériaux de base), d’encourager les nouvelles introductions en Bourse, et d’attirer les investissements étrangers. Pour ce faire, il faut :

  • Le recours au marché pour financer des projets d’infrastructure publique, adossés à des contrats de partenariat public-privé ou de concession.
  • La privatisation partielle ou totale d’entreprises publiques, en procédant à leur introduction en Bourse.
  • La simplification du cadre juridique et réglementaire applicable à la levée de fonds.

Pour pouvoir accompagner ces enjeux, Tunis Place Financière doit fédérer l’écosystème financier tunisien et associer les différentes professions en relation avec les services financiers ainsi que les sociétés cotées en bourse.

Selon M. FLORENTIN, il faut définir une stratégie et une ambition pour Tunis Place Financière en lien avec les enjeux économiques du pays, en phase avec l’attractivité de la Tunisie et aussi et surtout en cohérence avec sa volonté d’expansion.

De plus, il faut préciser les attributs futurs de TPF (statut fiscal, aide aux investissements, accords de coopération…) et communiquer en Tunisie et à l’international les atouts de cette place de manière à concrétiser les premières avancées et attirer de nouveaux acteurs, conclut M. FLORENTIN.

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